Le syndrome de Wendy au travail : quand prendre soin devient un piège relationnel

Le syndrome de Wendy au travail : quand prendre soin devient un piège relationnel

September 17th, 2026

Le "syndrome de Wendy" désigne, en milieu professionnel, cette tendance à combler systématiquement les manques des autres — collègues, managers, équipe entière — au point de sacrifier sa propre reconnaissance et son équilibre. La personne concernée finit les dossiers non terminés, anticipe les erreurs avant qu'elles n'arrivent, absorbe les tensions du groupe, et tolère les comportements immatures de certains sans jamais les nommer. Ce fonctionnement, souvent valorisé au départ ("elle est tellement fiable, tellement dévouée"), devient avec le temps un fardeau invisible : plus la personne compense, moins son travail réel est visible, et moins les autres sont incités à changer.

L'approche de l'École de Palo Alto, développée notamment par Paul Watzlawick et ses collègues du Mental Research Institute, offre un éclairage particulièrement utile pour comprendre ce schéma. Selon cette approche systémique, un problème ne réside pas dans les individus isolément mais dans les interactions qui se répètent entre eux : c'est l'ensemble du système relationnel qui s'auto-entretient. Appliqué au syndrome de Wendy, cela signifie que la "solution" que la personne met en place pour éviter le chaos (compenser, tout gérer, ne jamais déléguer) devient précisément ce qui perpétue le problème. Watzlawick appelait cela un "more of the same" : plus on répète la même stratégie qui ne fonctionne pas vraiment, plus on s'enferme dans la dynamique qu'on voulait éviter. Le collègue immature n'a aucune raison de progresser tant que quelqu'un d'autre absorbe les conséquences de son immaturité — le système se stabilise autour de ce déséquilibre, aussi inconfortable soit-il pour la personne qui porte la charge.

Les risques de laisser ce cycle s'installer sont réels et cumulatifs. Sur le plan individuel, l'épuisement professionnel guette : porter sa propre charge de travail en plus de celle des autres, sans reconnaissance à la mesure de l'effort, mène progressivement au surmenage, voire au burn-out. Sur le plan de la carrière, le temps et l'énergie consacrés à colmater les manques d'autrui laissent peu de place à l'investissement dans ses propres projets, ce qui peut freiner l'évolution professionnelle malgré un engagement réel. Sur le plan systémique — et c'est ici que la lecture de Palo Alto est la plus éclairante — le risque est que l'homéostasie du système se renforce : plus la personne "Wendy" compense, plus l'équipe ou le collègue immature s'installe dans cette dépendance, et plus il devient difficile, à terme, de revenir en arrière sans provoquer une crise ou un conflit ouvert. Le paradoxe est là : chaque jour de compensation supplémentaire rend le changement suivant plus coûteux, transformant un déséquilibre ponctuel en un mode de fonctionnement durable et de plus en plus difficile à interrompre.